PSYCHOPHARMAKA
Psychopharmaka, eine Winterreise delves into the German language where, amongst others, the voices of Kaspar Hauser and the dada poet Raoul Hausmann are mixed with samples, loops and other rhythmic constructions crafted by Rodolphe Burger with the help of Olivier Cadiot. Both bring the new opus to life on stage.
OLIVIER CADIOT / RODOLPHE BURGER
CRÉATION
Pourquoi ce titre un peu étrange Psychopharmaka ?
Olivier Cadiot : Nous étions à Bâle avec Rodolphe Burger dans un grand hôtel sur le Rhin où il y avait ce médecin avec qui nous avons eu une longue conversation. Cet homme avait un accent incroyable, très beau. Tout d’un coup, il nous dit avec cette voix aux sonorités mêlées de français et de suisse-allemand : « Je ne prends jamais de psychopharmaka ». Ce qui veut dire qu’il ne prend jamais de psychotropes. Ce mot « psychopharmaka » m’a aussitôt frappé. On a pensé que ça pourrait faire un titre pour ce disque et pour ce projet de concert à la Comédie en décembre. Ça allait bien avec ce projet « romantique allemand », il fallait un peu de la mélancolie là-dedans. Mais pas de maniaco-dépression ! Le titre du départ c’était « Winterreise », voyage d’hiver, l’envie de partir en expédition dans la langue allemande. Retrouver Schubert, Kraftwerk et les cloches de Bâle.
Psychopharmaka, que vous présentez pour la première fois sur scène dans le cadre de Reims Scènes d’Europe, s’inscrit dans un projet plus large mené depuis maintenant plusieurs années avec Rodolphe Burger. Comment définiriez-vous ce projet ?
O. C. : Tout est parti d’une proposition du festival Babel à Strasbourg. On nous a parlé d’une langue conservée intacte dans une vallée des Vosges pour des raisons à la fois historiques et géographiques. Un dialecte roman, le welche, parlé par moins d’un millier de personnes autour de Sainte-Marie-aux-Mines. On nous a dit que nous pourrions sûrement faire quelque chose avec ça. Il se trouve que cette région est aussi le pays d’origine de Rodolphe. Pour nous c’était une nouvelle façon de travailler ensemble. On a commencé par enregistrer différentes personnes, dont un paysan voisin de Rodolphe. On a enregistré une comptine en welche, et puis nous les avons mixés avec des morceaux de Rodolphe. Le disque ethnographique est devenu dansant. On l’a appelé « On n’est pas indiens c’est dommage ».
Une expérience que vous avez renouvelée dans un autre lieu, là encore isolé du monde…
O. C. : Oui, cette fois c’était dans l’île de Batz au large de la Bretagne. Là, il y a un hôtel désaffecté, l’Hôtel Robinson, qui a donné son titre au disque. On a enregistré une chorale de l’église du coin. Des cloches. Une vieille dame qui racontait sa passion pour l’équipe de foot de Guingamp. On a mixé ça avec un extrait du cours de Gilles Deleuze sur Spinoza où il parle de la vague comme expérience du premier genre de connaissance. On y a introduit aussi la voix du poète américain Jack Spicer. C’était excitant de rejouer des voix animées en musique.
À la différence de ces deux premiers projets, Psychopharmaka part d’un voyage à travers la Suisse et l’Allemagne. Qu’est-ce que cela a changé ?
O. C: On est parti quinze jours en voiture. Lac de Constance, Saint Gall, le Jura suisse, avec des retours au studio de Sainte-Marie-aux-Mines, puis Berlin pour donner un peu de rythme à cette balade dans les bois. Ce qui est rare pour un écrivain c’est de connaître un musicien qui l’accueille très près de la musique. Chacun apporte ses trésors, ses fétiches. On voit ensuite si ça marche ou pas. Il y a la voix de Kaspar Hauser dans le film de Werner Herzog, par exemple. Des extraits du poète dada Raoul Hausmann, mais remixés – ce qui atténue le ton un peu funèbre de l’archive. Ça fait bouger les fantômes.La voix de Sergiu Celibidache en train de répéter la Neuvième de Bruckner. Mais aussi des gens rencontrés, des voix de comédiennes, des retouvailles, des hasards sonores. Tous ces événements s’impriment de façon incroyablement puissante. Cela nous ouvre des univers. Et puis avec tout ça il s’agit de jouer, que la guitare de Rodolphe prenne son envol. Tout cela, une fois remixé, devient de la musique.
Coproduction Compagnie Rodolphe Burger, Les Voûtes, la Comédie de Reims - CDN / festival Reims Scènes d’Europe. La Compagnie Rodolphe Burger est soutenue par le Fonds de dotation Agnès B. pour la permanence artistique.
Sample Olivier Cadiot / Chant guitare Rodolphe Burger / Basse, clavier Julien Perraudeau / Batterie Alberto Malo