Fin de l'Europe

FIN DE L’EUROPE © Tristan Jeanne Valès

Les œuvres de Rafael Spregelburd sont faites d’excès et de grossissement, de déformation et de rupture de sens qui rendent si singulière la poétique de Rafael Spregelburd. Elle nous rappelle la fantaisie et le goût de la provocation de Copi, un autre artiste argentin.
Dans toute sa production dramatique, on retrouve l’univers de la telenovela mélangé à celui de la science-fiction, le vaudeville détourné en polar, les séries B inversées en tragédie. Cet auteur chamboule les genres établis et brouille les références à force de superpositions incongrues. Cela produit un théâtre grotesque et explosif. Fin de l’Europe a été élaboré à Caen dans le cadre de L’École des Maîtres, une expérience de recherche menée avec des comédiens de quatre pays différents. On s’y penche avec un humour décapant sur les multiples fins que l’on nous annonce périodiquement : fin de l’art, fin de l’euro, fin des frontières, fin de l’argent, fin de la réalité, fin de la providence… fin de l’Europe. Rafael Spregelburd nous démontre par l’absurde l’inanité et les manipulations qui se cachent derrière ces prophéties apocalyptiques.

PREMIÈRE PARTIE: L’EUROPE EN PIÈCES
1 / LA FIN DES FRONTIÈRES : aborde le problème de la langue comme formatrice de limites : la dissolution absurde du langage nous confronterait à une nouvelle carte inconnue.
2 / LA FIN DE L’ART : prend comme anecdote principale l’œuvre de Cecilia Giménez, voisine de Borja, en Saragosse, qui, en essayant de sauver un tableau peint sur un mur de l’église de son village, a déchainé une série de calamités médiatiques.
3 / LA FIN DE LA NOBLESSE : interroge la dernière des illusions du pouvoir, celle de la noblesse réelle, la noblesse symbolique, un monde séparé du monde du travail, nourri par un combustible invisible : l’argent.
4 / LA FIN DE L’HISTOIRE : cherche à paraphraser la nocive théorie de Fukuyama, qui suppose la fin des dichotomies politiques aux mains du néolibéralisme triomphant, mais au travers d’une tromperie linguistique seulement possible dans certaines langues, elle confond « Histoire » (History) et « histoire » (story).

DEUXIEME PARTIE : AUTRES PIÈCES D’EUROPE
5 / LA FIN DE LA SANTÉ : scrute le droit à la santé, jamais tout à fait garanti. Qui a le devoir de veiller sur ce bien ? Et s’il s’agit d’un bien, est-il possible de consommer de la Santé ?
6 / LA FIN DE LA RÉALITÉ : célèbre avec tristesse l’avènement du virtuel. Une conférence, mal traduite simultanément en plusieurs langues, met en évidence que depuis quelque temps le réel a cessé d’exister.
7 / LA FIN DE LA FAMILLE : raconte étrangement la manière dont se défait la maison familiale après la mort des parents.
8 / LA FIN D’EUROPE : « Europe » devient ici le nom d’une série télé tombé en disgrâce, une coproduction mixte qui touchait à sa fin annoncée, tant par manque d’imagination de ses auteurs que par manque de désir de la part des interprètes, ou par simple décision financière de ses producteurs.

Durée 4h / Spectacle en anglais, français et italien surtitré en français