© Alan Guichaoua

© Alan Guichaoua

« Et en-dehors de ça, vous faites quoi dans la vie ? » – Mythe de Sisyphe – Le Vide La voix morne et nasillarde s’échappe d’un radio-cassette. On imagine que Fragan Gehlker, ici suspendu à plusieurs mètres du sol, a dû entendre cette déstabilisante question de nombreuses fois de façon plus ou moins détournée… À quel point a-t-il intériorisé cette mise en cause de l’absurdité du cirque ? Assez en tous cas pour prendre celle-ci à bras le corps et en faire le ferment d’une pièce qui se présente comme la relecture circassienne du Mythe de Sisyphe d’Albert Camus. Le dispositif est aussi dépouillé qu’ingénieux ; quelques cordes manipulées à distance, une table et un radio-cassette actionné par Alexis Auffray, partenaire, violoniste et homme-orchestre des actions du spectacle. De lieu en lieu, Le Vide s’écrit au long cours, comme une suite de tentatives et de variations verticales, échelonnées entre aspirations vertigineuses et chutes au débotté, changeant au gré des architectures d’accueil. Alors au final, peut-on parler de performance, de spectacle ou… d’essai philosophique ? Le Vide c’est tout cela à la fois mais surtout, la preuve que l’absurdité du labeur circassien est d’abord une voie directe vers le bonheur de se sentir vivant !