L’Ombre de Venceslao

L’Ombre de Venceslao © Laurent Guizard

Un récit picaresque et joyeusement désespéré.

Après Le Voyage à Reims et Les Caprices de Marianne, le Centre Français de Promotion Lyrique fait le pari de la création avec L’Ombre de Venceslao, le premier opéra de Martin Matalon, un compositeur amoureux de théâtre musical, mais aussi de cinéma puisqu’il a écrit de mémorables partitions pour les films muets de Luis Buñuel et Fritz Lang. L’ouvrage se fonde sur la pièce du même titre du génial dramaturge argentin Copi (1939-1987) adaptée par un troisième Argentin de Paris, Jorge Lavelli. L’on y retrouve toute la verve truculente de l’auteur, avec son humour corrosif, son aspect burlesque, ses noirceurs aussi.
L’intrigue met en scène une histoire de famille et d’errance dans une Argentine déshéritée où gravitent Venceslao, sorte de Don Quichotte dérisoire des temps modernes, de jeunes amants incestueux attirés par les charmes de Buenos Aires, un maquereau tanguero, un perroquet impertinent, un singe à forte personnalité… Bref, une fresque délirante où une poignée de personnages perdus dans l’adversité d’une nature hostile ou d’une ville en proie à un coup d’Etat, cherchent en vain, bien sûr, à atteindre le bonheur.

Jorge Lavelli, créateur d’une demi-douzaine d’oeuvres de Copi, est ici en terrain connu. Il a traduit de l’espagnol L’Ombre de Venceslao (1977) pour la diriger au théâtre, à Paris en 1999. Il en a naturellement conçu le livret d’un opéra qu’il met en scène avec le métier que l’on sait et des images d’une beauté saisissante, sans occulter la dimension à la fois picaresque et moderne du récit.
Constellée d’orages et de tempêtes, la partition de Martin Matalón suinte la moiteur, la volupté et la mort. Le compositeur a subtilement surmonté les difficultés de la mise en musique d’un texte cru, en variant les modes d’expression vocale, défendus par une remarquable distribution, jeune et joyeusement cosmopolite qui fait montre d’un irrésistible abattage. Et puisqu’il sera question de tango, les bandonéons seront de la partie, bien entendu…

Durée 90 minutes sans entracte / Chanté en français, surtitré en français