Le Frac Champagne-Ardenne présente : 05b

ANNIVERSAIRE DU FRAC CHAMPAGNE-ARDENNE

Performance

Les champs de l’art et du théâtre se sont croisés tout au long du 20e siècle. Du « Gesamtkunstwerk » wagnérien à l’anti-théâtre Dada, en passant par le « happening », nombreux sont les points de convergence entre ces disciplines, qui ont notamment contribué à modifier les relations entre l’œuvre, le spectateur et l’espace. La performance est exemplaire de ces métissages transdisciplinaires. Dans le cadre de la troisième édition de Reims Scènes d’Europe, le FRAC Champagne-Ardenne célèbre cet art éphémère, en invitant des artistes venus de toute l’Europe.

 

 

Vendredi 9 décembre, salle Jean-Pierre Miquel (2, rue Eugène Wiet)

 

19h : Luigi Presicce (1976, Italie)

Allegoria astratta dell'atelier del pittore all'inferno tra le punte gemelle, 2011

Le travail de Luigi Presicce, qui se présente essentiellement sous la forme de performances énigmatiques et envoutantes, reflète l’intérêt de l’artiste pour la magie, la religion, les rituels, les pratiques occultes et les arts et traditions populaires. Il associe souvent des figures historiques et des événements mystérieux à des lieux symboliques et des rites primitifs tout en faisant également allusion de façon récurrente à l’histoire de son pays. Luigi Presicce crée des images et des personnages mythologiques difficilement reconnaissables qui forment des références qu’il mixe dans des actions qui deviennent symboliques et vidées de leur sens sacré originel. Ses scénarios incarnent l’intimité des manuscrits enluminés et la stylisation des petits tableaux de dévotion des saints et martyrs. Le public, soigneusement sélectionné et le plus souvent limité à deux spectateurs maximum, devient ainsi partie prenante, témoin et acteur de ces rituels, qui transforment l’art en objet de contemplation, comme l’était autrefois l’expérience spirituelle, et l’inscrit dans un processus « d’auto-archéologisme ». En s’appropriant les symboles religieux, occultes ou populaires, l’artiste crée une hybridation de ces croyances et recherche une racine commune qui donne lieu à un sens renouvelé de la métaphysique. La perte du caractère sacré des symboles qu’il manipule permet en effet d’élaborer une nouvelle lecture de ces actions et de ces instruments.

 

20h30 : Sara Lundén (1970, Suède)

Requiem pour une cigarette #2 (The French Counting Songs), 2011

Sara Lundén est une chanteuse, musicienne et performeuse suédoise. Elle a commencé à composer et réaliser des performances dès 1997, durant ses études à la Royal College University of Fine Arts de Stockholm, de laquelle est diplômée. Depuis la fin des années 1990, elle a développé un style musical particulièrement singulier, mixant des influences aussi diverses que la disco, l’electronica, la chanson à texte ou la musique minimale. Ses performances impliquent la plupart du temps des costumes et des éléments particuliers ainsi que l’apport de musiciens invités, comme dans Deadly Boring (1999), qui faisait appel à un chœur masculin. Ainsi, Lonely Hearts in the Crowd (2000) est une performance pour une personne vêtue d’une combinaison spatiale accompagnée de deux grands types sympathiques. The Leading Force (2007) est quant à elle une performance inspirée par l’immense trône en or en forme d’aigle utilisé par Bokassa lors de son auto-couronnement en 1977 et Bonjour Tristesse (2009) se construit autour d’une femme habillée d’un jogging noir, un tapis en forme d’ours polaire et d’une bande-son en français. Enfin, dans How to Identify and Break a Spell (2009), une femme portant des vêtements religieux tire un piano et chante une chanson qui évoque le sort qui lui a été jeté.

À Reims, Sara Lundén présente une performance inédite, intitulée Requiem pour une cigarette #2 (The French Counting Songs), qui trouve son origine dans deux des obsessions de l’artiste, la cigarette et le fait de compter en français.

 

Samedi 10 décembre, salle Jean-Pierre Miquel (2, rue Eugène Wiet)

 

14h30 : Das Dingbat (Constantin Alexandrakis, 1978, France / Olivier Nourisson, 1968, France)

Dans le mot « Das Dingbat », il y a « Das Ding » et « Dingbat », deux mots d’origines différentes. Le premier signifie en allemand « La Chose », celle de Freud, puis celle de Lacan. Pour Freud, « Das Ding » est la chose cachée, hors-champ, ce que nous ne pouvons nommer, tout en sachant qu’elle est là, terrée ; pour Lacan, c’est un objet autour duquel s’organise le champ des représentations inconscientes soumises au principe de plaisir, ce que Lacan appelle la ronde des signifiants. Ainsi cerné par du symbolique, s’instaure au cœur du sujet un point de réel qui n’est autre que celui de l’objet à jamais perdu et que Lacan appelle « La Chose ». Le second mot, « Dingbat », vient de Los Angeles ; il définit un type d’architecture vernaculaire qui date de la fin des années 1950. De par sa forme cubique, il évoque le style international, pour un moindre coût et une rentabilité maximum, tout en étant une manifestation d’architecture sans architecte, une construction. Le « Das Dingbat » est la contre-forme du « Das Ding », le « Das Ding » à vue. C’est une idée générale autour d’une certaine histoire cachée de la construction. Leur travail est divisé en deux parties poreuses. D’un côté la réalisation de « Das Dingbat », tentative pour matérialiser cette idée, et de l’autre une collection issue du fonds commun d’archives photographique et filmique. Deux façons d’aborder le problème, mais qui visent à attraper le même savon…

 

15h30 : Karl Holmqvist (1964, Suède)

Karl Holmqvist est tout à la fois un poète, un artiste et un activiste atypique. Ses textes et ses lectures hypnotiques peuvent exister seuls ou faire partie d’installations plus globales, mêlant brochures, collages, cut-ups, structures temporaires ou sculptures minimales. Il marie ainsi une multitude de références culturelles underground ou alternatives à un positionnement éthique et esthétique particulièrement radical. Son travail s’articule autour des communications interhumaines, de textes expérimentant le langage sous toutes ses formes. Dans ses performances et ses vidéos, les mots, qu’ils soient écrits ou récités, occupent donc une place centrale. Dans ses œuvres, Karl Holmqvist convoque souvent d’autres artistes et figures tutélaires de la culture populaire, et plus particulièrement du monde du rock et de la pop, mais également des personnalités religieuses et politiques. Cette approche singulière, parfois qualifiée de « soft clash », amène à une subtile réflexion sur le rôle de l’artiste dans la société.

 

16h30 : Nicola Martini (1984, Italie)

La matière et ses modifications sont à la fois le point de départ et le point d’arrivée de l’ensemble du processus artistique de Nicola Martini. Ce n’est pas par hasard que le terme de « processus » soit ici employé car, même si son travail tend à la création de formes sculptées et d’installations, le véritable intérêt est ici lié à la « processualité » selon laquelle l’acte du faire se réalise. Nicola Martini met ainsi en scène des changements physiques d’états, que ceux-ci soient liés à la nature même des matériaux utilisés (plastique, résine, graisse, fibres synthétiques, cuivre, ciment, etc.) ou provoqués par la réaction entre ces matériaux. Résultent de ces processus des œuvres qui cherchent à tisser des relations entre le spectateur et l’espace (d’exposition) que l’artiste utilise de manière spécifique, que ce soit en l’agressant avec des installations qui le modifient ou par des interventions plus minimales.

En proposant une relecture personnelle de certains principes typiques de l’Arte Povera, de l’Art Processuel et plus encore du mouvement Anti-Form, Nicola Martini s’abandonne à l’acte créatif, la conclusion de cet acte étant le simple témoignage du processus entrepris. Ainsi, les principes chimiques et les processus entropiques des matériaux conduisent à une réflexion sur le rôle même de l’artiste et sur la paternité de l’œuvre d’art, qui, dans le cas présent, se modifie et se transforme au fil du temps, pour exister au-delà et souvent indépendamment de la présence de l’artiste.

 

18h30 : Emma Kay (1961, Royaume-Uni)

The March, 2011

Emma Kay analyse dans son travail les mécanismes de l’esprit humain, en étudiant plus précisément la nature éminemment subjective de la mémoire et du savoir à travers une pratique de l’écriture basée sur sa propre connaissance de sources textuelles allant de la Bible à l’œuvre de Shakespeare. Patiemment, et avec une précision quasi-scientifique, elle crée des listes de mots, énumérant par exemple les objets apparaissant dans la Bible. Elle teste par ailleurs dans ses dessins sa propre mémoire, créant des cartes de pays et de villes, en essayant d’en tracer les contours avec la plus grande précision possible. Deux de ses œuvres, The Future From Memory (2001) et The Law of the Land (2002), explorent la possibilité d’une reconstruction d’un texte faisant autorité mais parfaitement faillible et qui n’a, par contraste, aucun référent textuel direct. The March (2011), œuvre « in progress » à partir de laquelle se construit la performance d’Emma Kay, se développe selon ce même principe.

The March, la performance présentée à Reims par Emma Kay, est un long monologue poétique. C’est le résultat de recherches méticuleuses, écrit selon le point de vue d’un hypothétique (et éternel) participant unique à 500 ans de protestation sociale, jusqu’à nos jours. The March est un travail de recherche, mais sans que celle-ci soit visible ; un texte dans lequel tous les faits, les dates, les évènements, les lieux et les noms auraient été effacés. Ce qu’il reste ici, c’est le visuel - un texte qui décrit les moments fugaces, les expériences et les pensées d’un manifestant éternel et multivalent. L’orateur occupe différents aspects de l’espace et des instruments qui s’y trouvent, s’asseyant ou se tenant sur des marches, des tables, des chaises, des estrades, qui sont autant d’outils minimalistes mais représentatifs facilitant la parole de cette personne lancée dans une odyssée portant sur l’histoire de la protestation sociale.

 

19h30 : Lilibeth Cuenca Rasmussen (1970, Philippines/Danemark)

The present doesn’t exist in my mind… the future is already far behind…, 2009

Lilibeth Cuenca Rasmussen utilise principalement la performance et la vidéo, navigant à travers différentes réalités qui parfois s’opposent et tendent souvent vers des extrêmes. Prenant son propre héritage dano-philippin comme point de départ, elle rassemble, adapte et universalise ces narrations à travers une approche à la fois critique et humoristique pour aborder des thèmes aussi divers que l’identité, la culture, la religion, le genre et les relations sociales.

The present doesn’t exist in my mind… the future is already far behind… (2009), la performance que présente Lilibeth CUenca Rsamussen à Reims, est construite à partir d’extraits réarrangés de différents poèmes écrits par l’écrivain futuriste Mina Loy (1882-1966). Lilibeth Cuenca Rasmussen revisite le nerf et la verve de l’artiste féministe, accompagnée de beats électroniques et de musique orchestrale. À l’intérieur d’un costume blanc minimaliste elle repousse les limites du tissu comme de son propre corps pour former diverses formes géométriques. Les contours d’architectures modernistes qui sont projetés sur ce costume donnent lieu à des résonances et dissonances visuelles avec la silhouette de l’artiste en constante évolution. La quête de l’homme, et donc celle de la femme, pour trouver une place dans un monde déjà formé est ici mise en scène avec beaucoup d’humanité, de pathos et, surtout, une bonne dose d’humour.

 

20h30 : Mathias Kryger (1977, Danemark)

Group Therapy, 2011

Mathias Kryger questionne la notion de performance à travers différents media et formes, qu’il se positionne en tant que performer, curateur, écrivain ou chanteur dans son groupe post r’n’b « Back In Dirty Minutes ». Son travail s’intéresse à l’intersubjectivité et au langage, au genre et à la culture populaire. Il est très attaché à l’idée de copie, de reprise et d’imitation - comme par exemple créer un corps ou une apparence à partir d’un corps déjà existant. Dans la série de performances Ladies In Pain – Rehearsal Performances 1 to 10, Mathias Kryger interprétait ainsi dix chansons d’amour populaires rendues célèbres par des chanteuses, accentuant le contenu dramatique des chansons et la détresse qu’elles expriment en s’accompagnant lui-même à la guitare, creusant ainsi un large fossé entre la musique jouée et la qualité envoutante de la voix.

Dans Group Therapy, performance inédite, Mathias Kryger interprète un script relatant une situation de groupe particulière, dont tous les personnages sont incarnés par l’artiste lui-même. Ce texte aborde notamment les questions d’analyse psychologique, de capitalisme, de schizophrénie et des frontières propres à chacun d’entre nous.

 

Anniversaire du
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Champagne-Ardenne

Production FRAC Champagne-Ardenne